CLAUDE GIRAUD, ComédienEntretien réalisé le 27 mai 2009 par François JUSTAMAND
Remerciements à Jenny Gérard et à Pascal Laffitte
Ancien sociétaire de la Comédie-Française, Claude Giraud est l’un des plus remarquables comédiens de sa génération. Jeune premier dans les années 60, il a interprété Morgan le héros du feuilleton télévisé Les Compagnons de Jéhu. On se souvient aussi de lui dans le rôle de Philippe de Plessis-Bellières dans la saga des Angélique, ou encore de son rôle de Slimane, le compagnon d’infortune de Louis de Funès dans le célèbre film Les aventures de Rabbi Jacob.
Mais Claude Giraud, c’est aussi une grande voix de doublage depuis plusieurs décennies. Il est le double vocal de Robert Redford et de Tommy Lee Jones dans presque tous leurs films. Il a aussi prêté sa voix suave à Harrison Ford dans Les aventuriers de l’arche perdue, à Sean Connery dans Le nom de la rose, à Liam Neeson dans La liste de Schindler, ou encore au personnage d’Ulysse dans le dessin animé des années 80 Ulysse 31. Depuis presque une décennie, il double également le comédien Alan Rickman (le mystérieux professeur Rogue) dans la saga des Harry Potter.
Claude Giraud est un homme très discret et assez peu médiatisé. Il nous a fait l’honneur d’une rencontre où il a bien voulu évoquer avec nous sa riche carrière.
La Gazette du doublage : vous êtes né à Chamalières. A quel âge avez-vous eu la vocation de devenir comédien ?
Claude Giraud : J’ai eu la vocation assez tôt car j’avais l’occasion d’aller beaucoup au cinéma à Clermont-Ferrand. J’avais un oncle qui possédait plusieurs salles de cinéma. J’ai vu plusieurs films de l’âge d’or du cinéma américain. J’adorais les films avec Gary Cooper ; cela me faisait rêver. Ensuite j’ai découvert Richard Burton qui est un des plus grands acteurs qui soit. Et puis, il y avait aussi le cinéma français avec ses vedettes de l’époque telles que Gérard Philippe, Jean Marais qui ont participé à cette découverte et à cette passion.
La Gazette du doublage : Quel a été votre formation ?
Claude Giraud : Je suis resté dans ma province jusqu’au baccalauréat. Ensuite, je suis monté à Paris pour en principe faire une licence de lettres. Je me suis inscrit dans un cours de comédie : l’école du Vieux Colombier, rue du Conservatoire pour commencer à voir un peu ce qu’était ce métier dont j’ignorais absolument tout puisque personne dans ma famille n’était comédien. J’ai découvert le métier comme cela et j’ai donc abandonné très vite ma licence de lettres pour me consacrer au théâtre. J’ai fait le Centre de la rue Blanche puis le Conservatoire. J’en suis sorti en 1962 (après 29 mois de service militaire) avec trois premiers prix ; ce qui ne s’est jamais produit chez les comédiens auparavant. Cela est arrivé chez les comédiennes quelques années avant avec Geneviève Casile. Tout cela m’a permis d’être engagé à la Comédie-Française d’où je suis parti très vite pour tourner un film de Jean Giono, que j’aimais beaucoup, qui s’appelle Un roi sans divertissement (1965)...
La Gazette du doublage : Vous aviez donc démissionné du Français ?
Logo Comédie-Française Claude Giraud : J’avais donné ma démission ce qui avait créé de gros problèmes car j’ai eu un devis à payer – ce que j’ai fait – du fait que je suis resté seulement 6 mois ; d’août 1962 à janvier 1963. J’avais demandé à l’Administrateur du Français à l’époque, Maurice Escande, un congé qu’il n’a pas voulu m’accorder et donc je suis parti de la Maison de Molière. Malheureusement, le très beau film de Giono, que je suis très content d’avoir tourné, n’a pas eu le succès espéré malgré le Prix du cinéma de 1964. Du coup, ma carrière au cinéma n’a pas été très florissante. Comme le cinéma est une industrie, si vous tournez un film qui marche, ça va, sinon ça patauge un peu pendant un certain nombre d’années. Comme mon vrai métier c’est le théâtre, j’ai donc fait beaucoup plus de théâtre.
La Gazette du doublage : Vous êtes revenu au Français ?
Claude Giraud : Je suis revenu au Français dix ans après, en 1972. J’en suis parti à nouveau en 1982. J’en ai été Sociétaire...
La Gazette du doublage : A la télévision, on vous a vu dans Les Compagnons de Jéhu (1966) et au cinéma dans les Angélique ou encore Les Aventures de Rabbi Jacob (1973) entre autres choses...
Claude Giraud : Rabbi Jacob, ça évidemment... (Rire.) La chose la plus marquante ! (Rire.) Non pas que je le renie, du tout, car cela a été très agréable comme tournage, mais enfin bon voilà... A la télévision, il y a eu aussi Belle et Sébastien qui a été un grand succès populaire.
La Gazette du doublage : Quels sont vos meilleurs souvenirs de carrière ?
Les aventures de Rabbi Jacob Claude Giraud : Au cinéma, j’ai été content de travailler avec certaines personnes, moins content de travailler avec d’autres mais Rabbi Jacob a été un bon souvenir. Louis de Funès et Gérard Oury ont été très agréables. Mes meilleurs souvenirs sont au théâtre par rapport au travail que l’on peut faire sur soi. Au théâtre aussi, il y a des metteurs en scène avec lesquels on est enchanté de travailler et d’autres moins. J’ai aimé jouer dans des pièces classiques comme « Le Gardien » de Pinter, qui a été un gros succès, avec Jacques Dufilho et Sacha Pitoëff. Cela a été un souvenir magnifique. Dufilho était absolument génial. On n’a fait qu’une saison au Théâtre de la Madeleine car nous nous sommes un peu chamaillés avec Jean-Laurent Cochet, un très bon ami du Conservatoire mais au caractère assez particulier. Pendant cette année, nous avons donc joué 20 spectacles en alternance, du « Misanthrope » à « Dom Juan »...
J’ai beaucoup aimé jouer dans un montage de textes poétiques à propos d’un thème principal. Un dénominateur commun qui pouvait être un « arbre » par exemple. Tous les textes ne parlaient pas forcément d’arbres mais ça allait de Clément Marot à Marguerite Duras, en passant par Genevois, Hugo et par d’autres grands poètes. J’ai toujours cru beaucoup à l’idée d’un spectacle avec un dénominateur commun qui créé une sorte de nerf dramatique qui sous-tend le spectacle et avec une adjonction de musiques, de chansons. Il y avait une douzaine de chansons dont les adaptations m’avaient été écrites par François Robert qui était l’accompagnateur, l’arrangeur de Jacques Brel. Il y avait un pianiste en scène pendant tout le spectacle. Je chantais des chansons à texte de Barbara, de Brel, de Brassens... Je les avais choisies minutieusement. La difficulté, c’est que pour le montage d’un spectacle poétique de cet ordre, il faut un nerf, je vous le disais, à travers un dénominateur commun, un thème principal, et puis que tout se mette en place progressivement. Cela oblige parfois à couper certaines choses avec respect, à alléger un peu les textes pour garder le moins possible de choses anecdotiques et conserver l’essentiel. C’était tout un travail de construction. Cela s’appelait « Arbres de vie ». J’en avais fait un autre sur le thème du rapport de l’homme et de la femme, « Amours fauves ».
La Gazette du doublage : Comment êtes-vous venu au doublage ?
Robert Redford Claude Giraud : J’y suis venu dans les années soixante grâce à Richard Heinz que j’aimais beaucoup. Un jour, il m’avait fait faire un essai sur Warren Beatty et cela a été concluant. C’était mon premier grand rôle. J’ai ensuite travaillé avec lui assez régulièrement. Il y a eu aussi d’autres rencontres. J’ai aussi travaillé beaucoup avec Jacques Barclay, un grand ami, qui gérait la société START à l’époque. J’ai doublé des films intéressants et des séries avec lui, comme Les six femmes d’Henry VIII car il travaillait beaucoup pour la BBC. Et puis, j’ai commencé à doubler Robert Redford sous la direction de Jacques Barclay dans un film de guerre. L’alchimie entre lui et moi s’est bien faite et j’ai continué à le doubler. En plus, c’est un acteur que j’adore. A une époque, j’ai souvent doublé Alan Bates, un acteur que j’aime beaucoup aussi.
La Gazette du doublage : Citez-nous les différents acteurs auxquels vous prêtez votre voix ?
Alan Rickman dans Harry Potter Claude Giraud : A part Robert Redford, je double très souvent Tommy Lee Jones et d’autres acteurs plus ponctuellement comme Alan Rickman dans les Harry Potter, Patrick Stewart dans les films de Star Trek, Roger Moore dans ses derniers films, Sean Connery dans Le nom de la rose et Harrison Ford dans Les Aventuriers de l’Arche perdue.
La Gazette du doublage : Parmi ses acteurs, avez-vous de préférences ?
Claude Giraud : J’aime beaucoup doubler Refdord car c’est un sublime acteur qui dans le jeu a une sorte de distance qui est intéressante, grâce auquel on apprend beaucoup de choses. Rien n’est livré au hasard chez lui. J’ai particulièrement apprécié de le doubler dans Le meilleur. Le personnage qu’il joue est presque anodin mais grâce à son talent, il lui apporte une intensité, une diversité de significations, une distance et un humour.
La Gazette du doublage : Est-il vrai que c’est Jean-Jacques Annaud qui vous avait choisi pour doubler Sean Connery dans Le nom de la rose, alors que sa voix habituelle était celle de Jean-Claude Michel ?
Claude Giraud : Oui, je ne sais pas pourquoi il m’avait choisi. J’avais fait un essai sans l’avoir rencontré d’ailleurs car il n’était pas sur le plateau et cela a été concluant. J’ai été enchanté de doubler ce film. Sean Connery est un merveilleux acteur.
La Gazette du doublage : Avez-vous des souvenirs du doublage du premier Indiana Jones ?
Tommy Lee Jones Claude Giraud : C’est Marc Cassot qui m’avait dirigé sur ce film. J’ai travaillé assez souvent avec Marc. J’ai été très content de le faire car le film était très bien. Il y avait un ton assez nouveau quand même, mais, j’ai préféré, de loin, doubler Tommy Lee Jones dans Le Fugitif où l’on retrouve aussi Harrison Ford. J’adore le doubler car c’est un acteur qui prend beaucoup de risques, il va au bout des choses. Il parle aussi assez fort. Une fois, lors du doublage d’un Tommy Lee Jones, le directeur de plateau me disait que je le faisais trop fort alors que j’essayais de respecter la VO. Pourtant, moi je suis toujours pour m’approcher au plus près de ce que fait l’acteur au niveau de la version originale. Tout ça pour parler du Fugitif, autant je trouve que Tommy Lee Jones a un charme, un oeil, un l’humour, autant Harrison Ford, je dois dire que ce n’est pas un acteur qui me transporte. Il a une puissance, mais il joue tout d ans le poids... Il n’a pas un oeil très allumé (rires !)
La Gazette du doublage : Quels acteurs avez-vous doublé pour la télévision ?
Stacy Keach dans "L'amour en héritage" Claude Giraud : J’ai doublé avec beaucoup de plaisir David Birney dans la série Serpico, le héros du dessin animé Ulysse 31 dirigé par Jacques Barclay, Stacy Keach dans L’amour en héritage. A ce propos, c’est le metteur en scène Robert Mazoyer qui s’était occupé de ce doublage. Je le connaissais car j’avais tourné plusieurs fois pour lui. Cela avait été très agréable à faire. J’y avais retrouvé de bonnes comédiennes comme Danièle Lebrun (Lee Remick), Evelyne Dandry (Stephanie Powers)... Cette mini-série n’avait pas un scénario formidable et Stacy Keach est un très bon acteur mais ce n’est pas celui que j’ai préféré doubler. J’ai doublé Richard Chamberlain dans Shogun, sous la direction de Marc Cassot aussi. C’est un bon acteur que j’ai doublé plusieurs fois.
La Gazette du doublage : Au doublage, vous avez été dirigé par des comédiens devenus directeurs de plateau et par des directeurs de plateau sans un passé de comédiens. Lesquels préférez-vous ?
Claude Giraud : A une certaine époque, il n’y avait pas trop de comédiens faisant la direction de plateau comme maintenant. En général, le directeur de plateau était souvent le patron de la société de doublage comme Jacques Barclay. Je ne trouve pas vraiment que ce soit un mieux lorsque c’est un comédien qui dirige un autre comédien car il peut y avoir un abus d’autorité. Je préfère nettement être dirigé par un patron de société. A mes débuts Jacques Barclay, j’ai fait des doublages où l’on travaillait « en boucles » avec deux projecteurs. On travaillait sur une boucle (une scène, ndlr) pendant qu’on montait l’autre boucle. Il y avait toujours certains arrêts pour envoyer la boucle suivante. Cette façon de travailler n’était pas désagréable car on se détendait un peu plus. Barclay avait une certaine autorité sur ses acteurs, ce qui facilitait la concentration sur le plateau.
La Gazette du doublage : Les rôles que vous interprétez à la synchro sont-ils proches de votre personnalité ?
Claude Giraud : Je pense qu’il y a certaines similitudes physiques ou de caractères. Mais ce qui intéressant aussi c’est d’arriver à doubler des acteurs différents en essayant toujours de s’approcher au plus proche de ce que fait l’acteur original. Parfois, on peut améliorer une mauvaise version, et parfois on ne peut pas faire aussi bien, même lorsque l’on se double soi-même. En studio, il n’est pas facile de reproduire le son exact du tournage.
La Gazette du doublage : Quelles différences faites-vous entre doubler un film maintenant et à vos débuts ?
Claude Giraud : Le temps certainement... C’est un métier bizarre le doublage. Il y a de très bons comédiens qui n’arrivent pas à en faire et des comédiens qui ne sont pas parmi les meilleurs mais qui sont très adroits et font ça très bien. Pour un comédien, le danger est qu’il ne faut pas trop en faire. On travaille beaucoup sur la facilité, sur la rapidité... J’ai connu beaucoup de comédiens qui ont eu des années dorées. Ils ont très bien gagné leur vie car dans la journée ils travaillaient dans trois studios différents ! C’est difficile d’essayer de conserver l’authenticité, bien que notre rôle soit de se mettre à la place de quelqu’un. Il faut s’identifier à un personnage interprété par un autre comédien, par la voix duquel on doit tout de même faire transparaître certains sentiments essentiels.
La Gazette du doublage : A vos débuts, avez-vous rencontré des difficultés avec la technique de la bande rythmo ?
Gatsby le magnifique Claude Giraud : Cela ne m’a jamais créé de réels soucis, par chance. C’est vrai que lorsque l’on est débutant et que l’on se trompe, on a encore plus peur par la suite.
Par contre, il y a eu une technique qui a été employé par un certain Jacques Lévy qui s’est occupé du doublage d’un certain nombre de films américains et avec qui j’avais fait Gerald Ford, Gatsby le magnifique. Un système d’origine américaine. Il n’y avait pas de bande rythmo car on avait le texte sur un pupitre. Sur l’image, une barre entrait – on disait son texte - et une autre barre suivait lorsque la phrase se terminait. Le problème est que l’on ne doublait pas seul. En conséquence, pour chaque scène, il y avait première barre qui entrait pour un comédien, une seconde pour un autre comédien et ainsi de suite. C’était infernal !
La Gazette du doublage : Avez-vous eu l’occasion de rencontrer des acteurs que vous avez doublés ?
Claude Giraud : Non, jamais. J’ai failli rencontrer Robert Redford. Michel Denisot m’avait proposé de le rencontrer lors d’une interview pour une sortie d’un de ces films mais ça ne s’est pas fait. Et puis, sur plateau d’une émission, c’est toujours un peu ridicule. Le jour de cette interview, il paraît qu’il avait dit des choses très gentilles en ce qui me concerne.
Par contre, j’avais une amie qui le connaissait bien et qui m’avait dit : « Tiens, un jour, on fera un dîner ! » Dans ce cadre, j’aurais bien aimé le rencontrer car c’est quelqu’un que j’admire énormément.
La Gazette du doublage : Quel est votre meilleur souvenir de doublage ?
Sean Connery dans Le nom de la rose Claude Giraud : C’est selon les acteurs et les films. Doubler un bon acteur, c’est un régal ! Je garde un très bon souvenir du Nom de la rose car c’était un personnage particulier. Même pour Sean Connery, c’était particulier aussi. Pour moi, il y avait à respecter une composition d’un personnage par Sean Connery. C’était amusant à faire. Et puis, j’aime doubler les films avec Redford et Tommy Lee Jones. Les derniers films que j’ai doublés avec lui sont Les trois enterrements et Dans la vallée d’Ellah, sur la guerre en Irak (sous la direction de Jenny Gérard). Je n’ai pas fait son dernier film réalisé par Bertrand Tavernier. Tommy Lee Jones et Richard Burton sont deux acteurs qui ont une puissance d’expression qui me fascine, que j’admire. Je n’ai jamais doublé Burton. Il était souvent doublé par André Falcon, Jean-Claude Michel et Raymond Gérôme. Ce dernier l’avait doublé dans l’adaptation au cinéma de la pièce "Qui a peur de Virginia Woolf ?" dans lequel je doublais George Segal. J’ai joué cette pièce au théâtre pendant deux ans et demi avec Madeleine Robinson et Pascale Audret.
La Gazette du doublage : Quelle place représente la synchro dans votre carrière ? Claude Giraud : La synchro ne représente pas une place primordiale, sans que cela soit péjoratif. Pour moi, c’est le théâtre qui a la plus grande place. Toutes les formes d’expression du comédien sont intéressantes, que cela soit le cinéma, la télévision, la radio, la syncho... Ce n’est pas inintéressant de tout pratiquer car cela permet d’avoir une certaine souplesse, de travailler... Je n’ai jamais bâti ma carrière sur le doublage en tout cas.
La Gazette du doublage : Quels sont vos prochains projets ?
Liam Neeson dans "La liste de Schindler" Claude Giraud : Je travaille de moins en moins car je vis en Province. Je fais de l’élevage de poneys Connemara, de très beaux poneys irlandais. J’adore jouer la comédie mais c’est un milieu qui me lasse maintenant. J’ai une fille, Marianne Giraud, qui fait ce métier aussi. Par rapport à la réalité de la vie, à moins d’aventures exceptionnelles, on est à côté des choses. C’est un métier de rigolos... J’adore ce métier mais je travaille de moins en moins. Demain, tout de même, je pars pour la journée à Bruxelles pour doubler Liam Neeson dans le film Un autre homme. C’est un merveilleux acteur que j’avais aussi doublé dans La liste de Schindler. Cela avait été une grande joie.
http://www.objectif-cinema.com/spip.php?article5279
Remerciements à Jenny Gérard et à Pascal Laffitte
Ancien sociétaire de la Comédie-Française, Claude Giraud est l’un des plus remarquables comédiens de sa génération. Jeune premier dans les années 60, il a interprété Morgan le héros du feuilleton télévisé Les Compagnons de Jéhu. On se souvient aussi de lui dans le rôle de Philippe de Plessis-Bellières dans la saga des Angélique, ou encore de son rôle de Slimane, le compagnon d’infortune de Louis de Funès dans le célèbre film Les aventures de Rabbi Jacob.
Mais Claude Giraud, c’est aussi une grande voix de doublage depuis plusieurs décennies. Il est le double vocal de Robert Redford et de Tommy Lee Jones dans presque tous leurs films. Il a aussi prêté sa voix suave à Harrison Ford dans Les aventuriers de l’arche perdue, à Sean Connery dans Le nom de la rose, à Liam Neeson dans La liste de Schindler, ou encore au personnage d’Ulysse dans le dessin animé des années 80 Ulysse 31. Depuis presque une décennie, il double également le comédien Alan Rickman (le mystérieux professeur Rogue) dans la saga des Harry Potter.
Claude Giraud est un homme très discret et assez peu médiatisé. Il nous a fait l’honneur d’une rencontre où il a bien voulu évoquer avec nous sa riche carrière.
La Gazette du doublage : vous êtes né à Chamalières. A quel âge avez-vous eu la vocation de devenir comédien ?
Claude Giraud : J’ai eu la vocation assez tôt car j’avais l’occasion d’aller beaucoup au cinéma à Clermont-Ferrand. J’avais un oncle qui possédait plusieurs salles de cinéma. J’ai vu plusieurs films de l’âge d’or du cinéma américain. J’adorais les films avec Gary Cooper ; cela me faisait rêver. Ensuite j’ai découvert Richard Burton qui est un des plus grands acteurs qui soit. Et puis, il y avait aussi le cinéma français avec ses vedettes de l’époque telles que Gérard Philippe, Jean Marais qui ont participé à cette découverte et à cette passion.
La Gazette du doublage : Quel a été votre formation ?
Claude Giraud : Je suis resté dans ma province jusqu’au baccalauréat. Ensuite, je suis monté à Paris pour en principe faire une licence de lettres. Je me suis inscrit dans un cours de comédie : l’école du Vieux Colombier, rue du Conservatoire pour commencer à voir un peu ce qu’était ce métier dont j’ignorais absolument tout puisque personne dans ma famille n’était comédien. J’ai découvert le métier comme cela et j’ai donc abandonné très vite ma licence de lettres pour me consacrer au théâtre. J’ai fait le Centre de la rue Blanche puis le Conservatoire. J’en suis sorti en 1962 (après 29 mois de service militaire) avec trois premiers prix ; ce qui ne s’est jamais produit chez les comédiens auparavant. Cela est arrivé chez les comédiennes quelques années avant avec Geneviève Casile. Tout cela m’a permis d’être engagé à la Comédie-Française d’où je suis parti très vite pour tourner un film de Jean Giono, que j’aimais beaucoup, qui s’appelle Un roi sans divertissement (1965)...
La Gazette du doublage : Vous aviez donc démissionné du Français ?
Logo Comédie-Française Claude Giraud : J’avais donné ma démission ce qui avait créé de gros problèmes car j’ai eu un devis à payer – ce que j’ai fait – du fait que je suis resté seulement 6 mois ; d’août 1962 à janvier 1963. J’avais demandé à l’Administrateur du Français à l’époque, Maurice Escande, un congé qu’il n’a pas voulu m’accorder et donc je suis parti de la Maison de Molière. Malheureusement, le très beau film de Giono, que je suis très content d’avoir tourné, n’a pas eu le succès espéré malgré le Prix du cinéma de 1964. Du coup, ma carrière au cinéma n’a pas été très florissante. Comme le cinéma est une industrie, si vous tournez un film qui marche, ça va, sinon ça patauge un peu pendant un certain nombre d’années. Comme mon vrai métier c’est le théâtre, j’ai donc fait beaucoup plus de théâtre.
La Gazette du doublage : Vous êtes revenu au Français ?
Claude Giraud : Je suis revenu au Français dix ans après, en 1972. J’en suis parti à nouveau en 1982. J’en ai été Sociétaire...
La Gazette du doublage : A la télévision, on vous a vu dans Les Compagnons de Jéhu (1966) et au cinéma dans les Angélique ou encore Les Aventures de Rabbi Jacob (1973) entre autres choses...
Claude Giraud : Rabbi Jacob, ça évidemment... (Rire.) La chose la plus marquante ! (Rire.) Non pas que je le renie, du tout, car cela a été très agréable comme tournage, mais enfin bon voilà... A la télévision, il y a eu aussi Belle et Sébastien qui a été un grand succès populaire.
La Gazette du doublage : Quels sont vos meilleurs souvenirs de carrière ?
Les aventures de Rabbi Jacob Claude Giraud : Au cinéma, j’ai été content de travailler avec certaines personnes, moins content de travailler avec d’autres mais Rabbi Jacob a été un bon souvenir. Louis de Funès et Gérard Oury ont été très agréables. Mes meilleurs souvenirs sont au théâtre par rapport au travail que l’on peut faire sur soi. Au théâtre aussi, il y a des metteurs en scène avec lesquels on est enchanté de travailler et d’autres moins. J’ai aimé jouer dans des pièces classiques comme « Le Gardien » de Pinter, qui a été un gros succès, avec Jacques Dufilho et Sacha Pitoëff. Cela a été un souvenir magnifique. Dufilho était absolument génial. On n’a fait qu’une saison au Théâtre de la Madeleine car nous nous sommes un peu chamaillés avec Jean-Laurent Cochet, un très bon ami du Conservatoire mais au caractère assez particulier. Pendant cette année, nous avons donc joué 20 spectacles en alternance, du « Misanthrope » à « Dom Juan »...
J’ai beaucoup aimé jouer dans un montage de textes poétiques à propos d’un thème principal. Un dénominateur commun qui pouvait être un « arbre » par exemple. Tous les textes ne parlaient pas forcément d’arbres mais ça allait de Clément Marot à Marguerite Duras, en passant par Genevois, Hugo et par d’autres grands poètes. J’ai toujours cru beaucoup à l’idée d’un spectacle avec un dénominateur commun qui créé une sorte de nerf dramatique qui sous-tend le spectacle et avec une adjonction de musiques, de chansons. Il y avait une douzaine de chansons dont les adaptations m’avaient été écrites par François Robert qui était l’accompagnateur, l’arrangeur de Jacques Brel. Il y avait un pianiste en scène pendant tout le spectacle. Je chantais des chansons à texte de Barbara, de Brel, de Brassens... Je les avais choisies minutieusement. La difficulté, c’est que pour le montage d’un spectacle poétique de cet ordre, il faut un nerf, je vous le disais, à travers un dénominateur commun, un thème principal, et puis que tout se mette en place progressivement. Cela oblige parfois à couper certaines choses avec respect, à alléger un peu les textes pour garder le moins possible de choses anecdotiques et conserver l’essentiel. C’était tout un travail de construction. Cela s’appelait « Arbres de vie ». J’en avais fait un autre sur le thème du rapport de l’homme et de la femme, « Amours fauves ».
La Gazette du doublage : Comment êtes-vous venu au doublage ?
Robert Redford Claude Giraud : J’y suis venu dans les années soixante grâce à Richard Heinz que j’aimais beaucoup. Un jour, il m’avait fait faire un essai sur Warren Beatty et cela a été concluant. C’était mon premier grand rôle. J’ai ensuite travaillé avec lui assez régulièrement. Il y a eu aussi d’autres rencontres. J’ai aussi travaillé beaucoup avec Jacques Barclay, un grand ami, qui gérait la société START à l’époque. J’ai doublé des films intéressants et des séries avec lui, comme Les six femmes d’Henry VIII car il travaillait beaucoup pour la BBC. Et puis, j’ai commencé à doubler Robert Redford sous la direction de Jacques Barclay dans un film de guerre. L’alchimie entre lui et moi s’est bien faite et j’ai continué à le doubler. En plus, c’est un acteur que j’adore. A une époque, j’ai souvent doublé Alan Bates, un acteur que j’aime beaucoup aussi.
La Gazette du doublage : Citez-nous les différents acteurs auxquels vous prêtez votre voix ?
Alan Rickman dans Harry Potter Claude Giraud : A part Robert Redford, je double très souvent Tommy Lee Jones et d’autres acteurs plus ponctuellement comme Alan Rickman dans les Harry Potter, Patrick Stewart dans les films de Star Trek, Roger Moore dans ses derniers films, Sean Connery dans Le nom de la rose et Harrison Ford dans Les Aventuriers de l’Arche perdue.
La Gazette du doublage : Parmi ses acteurs, avez-vous de préférences ?
Claude Giraud : J’aime beaucoup doubler Refdord car c’est un sublime acteur qui dans le jeu a une sorte de distance qui est intéressante, grâce auquel on apprend beaucoup de choses. Rien n’est livré au hasard chez lui. J’ai particulièrement apprécié de le doubler dans Le meilleur. Le personnage qu’il joue est presque anodin mais grâce à son talent, il lui apporte une intensité, une diversité de significations, une distance et un humour.
La Gazette du doublage : Est-il vrai que c’est Jean-Jacques Annaud qui vous avait choisi pour doubler Sean Connery dans Le nom de la rose, alors que sa voix habituelle était celle de Jean-Claude Michel ?
Claude Giraud : Oui, je ne sais pas pourquoi il m’avait choisi. J’avais fait un essai sans l’avoir rencontré d’ailleurs car il n’était pas sur le plateau et cela a été concluant. J’ai été enchanté de doubler ce film. Sean Connery est un merveilleux acteur.
La Gazette du doublage : Avez-vous des souvenirs du doublage du premier Indiana Jones ?
Tommy Lee Jones Claude Giraud : C’est Marc Cassot qui m’avait dirigé sur ce film. J’ai travaillé assez souvent avec Marc. J’ai été très content de le faire car le film était très bien. Il y avait un ton assez nouveau quand même, mais, j’ai préféré, de loin, doubler Tommy Lee Jones dans Le Fugitif où l’on retrouve aussi Harrison Ford. J’adore le doubler car c’est un acteur qui prend beaucoup de risques, il va au bout des choses. Il parle aussi assez fort. Une fois, lors du doublage d’un Tommy Lee Jones, le directeur de plateau me disait que je le faisais trop fort alors que j’essayais de respecter la VO. Pourtant, moi je suis toujours pour m’approcher au plus près de ce que fait l’acteur au niveau de la version originale. Tout ça pour parler du Fugitif, autant je trouve que Tommy Lee Jones a un charme, un oeil, un l’humour, autant Harrison Ford, je dois dire que ce n’est pas un acteur qui me transporte. Il a une puissance, mais il joue tout d ans le poids... Il n’a pas un oeil très allumé (rires !)
La Gazette du doublage : Quels acteurs avez-vous doublé pour la télévision ?
Stacy Keach dans "L'amour en héritage" Claude Giraud : J’ai doublé avec beaucoup de plaisir David Birney dans la série Serpico, le héros du dessin animé Ulysse 31 dirigé par Jacques Barclay, Stacy Keach dans L’amour en héritage. A ce propos, c’est le metteur en scène Robert Mazoyer qui s’était occupé de ce doublage. Je le connaissais car j’avais tourné plusieurs fois pour lui. Cela avait été très agréable à faire. J’y avais retrouvé de bonnes comédiennes comme Danièle Lebrun (Lee Remick), Evelyne Dandry (Stephanie Powers)... Cette mini-série n’avait pas un scénario formidable et Stacy Keach est un très bon acteur mais ce n’est pas celui que j’ai préféré doubler. J’ai doublé Richard Chamberlain dans Shogun, sous la direction de Marc Cassot aussi. C’est un bon acteur que j’ai doublé plusieurs fois.
La Gazette du doublage : Au doublage, vous avez été dirigé par des comédiens devenus directeurs de plateau et par des directeurs de plateau sans un passé de comédiens. Lesquels préférez-vous ?
Claude Giraud : A une certaine époque, il n’y avait pas trop de comédiens faisant la direction de plateau comme maintenant. En général, le directeur de plateau était souvent le patron de la société de doublage comme Jacques Barclay. Je ne trouve pas vraiment que ce soit un mieux lorsque c’est un comédien qui dirige un autre comédien car il peut y avoir un abus d’autorité. Je préfère nettement être dirigé par un patron de société. A mes débuts Jacques Barclay, j’ai fait des doublages où l’on travaillait « en boucles » avec deux projecteurs. On travaillait sur une boucle (une scène, ndlr) pendant qu’on montait l’autre boucle. Il y avait toujours certains arrêts pour envoyer la boucle suivante. Cette façon de travailler n’était pas désagréable car on se détendait un peu plus. Barclay avait une certaine autorité sur ses acteurs, ce qui facilitait la concentration sur le plateau.
La Gazette du doublage : Les rôles que vous interprétez à la synchro sont-ils proches de votre personnalité ?
Claude Giraud : Je pense qu’il y a certaines similitudes physiques ou de caractères. Mais ce qui intéressant aussi c’est d’arriver à doubler des acteurs différents en essayant toujours de s’approcher au plus proche de ce que fait l’acteur original. Parfois, on peut améliorer une mauvaise version, et parfois on ne peut pas faire aussi bien, même lorsque l’on se double soi-même. En studio, il n’est pas facile de reproduire le son exact du tournage.
La Gazette du doublage : Quelles différences faites-vous entre doubler un film maintenant et à vos débuts ?
Claude Giraud : Le temps certainement... C’est un métier bizarre le doublage. Il y a de très bons comédiens qui n’arrivent pas à en faire et des comédiens qui ne sont pas parmi les meilleurs mais qui sont très adroits et font ça très bien. Pour un comédien, le danger est qu’il ne faut pas trop en faire. On travaille beaucoup sur la facilité, sur la rapidité... J’ai connu beaucoup de comédiens qui ont eu des années dorées. Ils ont très bien gagné leur vie car dans la journée ils travaillaient dans trois studios différents ! C’est difficile d’essayer de conserver l’authenticité, bien que notre rôle soit de se mettre à la place de quelqu’un. Il faut s’identifier à un personnage interprété par un autre comédien, par la voix duquel on doit tout de même faire transparaître certains sentiments essentiels.
La Gazette du doublage : A vos débuts, avez-vous rencontré des difficultés avec la technique de la bande rythmo ?
Gatsby le magnifique Claude Giraud : Cela ne m’a jamais créé de réels soucis, par chance. C’est vrai que lorsque l’on est débutant et que l’on se trompe, on a encore plus peur par la suite.
Par contre, il y a eu une technique qui a été employé par un certain Jacques Lévy qui s’est occupé du doublage d’un certain nombre de films américains et avec qui j’avais fait Gerald Ford, Gatsby le magnifique. Un système d’origine américaine. Il n’y avait pas de bande rythmo car on avait le texte sur un pupitre. Sur l’image, une barre entrait – on disait son texte - et une autre barre suivait lorsque la phrase se terminait. Le problème est que l’on ne doublait pas seul. En conséquence, pour chaque scène, il y avait première barre qui entrait pour un comédien, une seconde pour un autre comédien et ainsi de suite. C’était infernal !
La Gazette du doublage : Avez-vous eu l’occasion de rencontrer des acteurs que vous avez doublés ?
Claude Giraud : Non, jamais. J’ai failli rencontrer Robert Redford. Michel Denisot m’avait proposé de le rencontrer lors d’une interview pour une sortie d’un de ces films mais ça ne s’est pas fait. Et puis, sur plateau d’une émission, c’est toujours un peu ridicule. Le jour de cette interview, il paraît qu’il avait dit des choses très gentilles en ce qui me concerne.
Par contre, j’avais une amie qui le connaissait bien et qui m’avait dit : « Tiens, un jour, on fera un dîner ! » Dans ce cadre, j’aurais bien aimé le rencontrer car c’est quelqu’un que j’admire énormément.
La Gazette du doublage : Quel est votre meilleur souvenir de doublage ?
Sean Connery dans Le nom de la rose Claude Giraud : C’est selon les acteurs et les films. Doubler un bon acteur, c’est un régal ! Je garde un très bon souvenir du Nom de la rose car c’était un personnage particulier. Même pour Sean Connery, c’était particulier aussi. Pour moi, il y avait à respecter une composition d’un personnage par Sean Connery. C’était amusant à faire. Et puis, j’aime doubler les films avec Redford et Tommy Lee Jones. Les derniers films que j’ai doublés avec lui sont Les trois enterrements et Dans la vallée d’Ellah, sur la guerre en Irak (sous la direction de Jenny Gérard). Je n’ai pas fait son dernier film réalisé par Bertrand Tavernier. Tommy Lee Jones et Richard Burton sont deux acteurs qui ont une puissance d’expression qui me fascine, que j’admire. Je n’ai jamais doublé Burton. Il était souvent doublé par André Falcon, Jean-Claude Michel et Raymond Gérôme. Ce dernier l’avait doublé dans l’adaptation au cinéma de la pièce "Qui a peur de Virginia Woolf ?" dans lequel je doublais George Segal. J’ai joué cette pièce au théâtre pendant deux ans et demi avec Madeleine Robinson et Pascale Audret.
La Gazette du doublage : Quelle place représente la synchro dans votre carrière ? Claude Giraud : La synchro ne représente pas une place primordiale, sans que cela soit péjoratif. Pour moi, c’est le théâtre qui a la plus grande place. Toutes les formes d’expression du comédien sont intéressantes, que cela soit le cinéma, la télévision, la radio, la syncho... Ce n’est pas inintéressant de tout pratiquer car cela permet d’avoir une certaine souplesse, de travailler... Je n’ai jamais bâti ma carrière sur le doublage en tout cas.
La Gazette du doublage : Quels sont vos prochains projets ?
Liam Neeson dans "La liste de Schindler" Claude Giraud : Je travaille de moins en moins car je vis en Province. Je fais de l’élevage de poneys Connemara, de très beaux poneys irlandais. J’adore jouer la comédie mais c’est un milieu qui me lasse maintenant. J’ai une fille, Marianne Giraud, qui fait ce métier aussi. Par rapport à la réalité de la vie, à moins d’aventures exceptionnelles, on est à côté des choses. C’est un métier de rigolos... J’adore ce métier mais je travaille de moins en moins. Demain, tout de même, je pars pour la journée à Bruxelles pour doubler Liam Neeson dans le film Un autre homme. C’est un merveilleux acteur que j’avais aussi doublé dans La liste de Schindler. Cela avait été une grande joie.
http://www.objectif-cinema.com/spip.php?article5279
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